Tadeusz Kantor et Picasso…, des originaux !

Les rencontres conviviales ponctuelles

" Tadeusz Kantor et Picasso…, des originaux !"

Photos du colloque

COMPTE-RENDU DU COLLOQUE DES 3-4 FEVRIER 2001.
Par Nicolas Di Chiara – Historien de l’art – et Ermanno Orselli – Artiste Peintre.

Le but du premier colloque de « Kaosmos » était de produire une réflexion sur la place de l’art dans la société moderne. Cette réflexion est partie d’un constat navrant : il existe une fracture entre le « grand public » et la création artistique contemporaine identifiée comme telle par les médias, entre « ceux qui savent » et « ceux qui ne savent pas ». Cette distance est le produit direct d’une « Ecole » qui nie le droit à l’émerveillement, à l’insouciance ou, au contraire, le droit des jeunes à avoir des soucis et à les exprimer. Cette école est elle-même le résultat d’une société formatée, où les Beaux-Arts sont érigés en institution, au détriment des formes d’art naïf et/ou populaire. Enfin, le XX e siècle a consacré le triomphe de la rationalité au détriment de l’émotion et de l’intuition.

Tous ces éléments font que l’art d’aujourd’hui se place dans une société cloisonnée. Dés lors, comment sortir de cette impasse ? Certaines actions officielles sont menées, comme le « Livre Blanc » - Michel Guérin – service de l’éducation permanente de la Communauté française, qui pose un état des lieux et tente de dégager les pistes d’une nouvelle politique culturelle, impliquant l’art et sa place dans la cité. Ce colloque se place dans le prolongement de ce document-référence. Mais cela suffira-t-il ? NON. Le problème n’est pas seulement politique. Il englobe tous les aspects de notre vie. Le décloisonnement doit se faire au quotidien, tandis que le terme « pédagogique » doit trouver une acceptation beaucoup plus large, qui ne se limitera pas au niveau scolaire. Dans les programmes, l’art ne doit plus être considéré comme un domaine éducatif « à part », en marge des mathématiques ou des langues. Mais il doit imprégner toutes les facettes de l’éducation; les mathématiques, qui font appel aussi bien à l’intuition qu’au raisonnement, sont une « forme d’art ». Ne dit-on pas que les scientifiques de la NASA puisent dans les idées créatrices et dans la capacité de certains artistes à ré-inventer le monde pour élaborer certains projets scientifiques, économiquement rentables? L’Education Permanente et ses pratiques, en Belgique, peut être un début de solution à cette pénurie d’art dans l’ « Ecole ».

Ce dé-formatage de la société, ce désir d’exprimer sa différence, devrait être l’affaire de chacun. Pour cela, pas besoin de situations précises; nous pouvons commencer dés à présent, au niveau où nous sommes, avec les moyens, même minces, dont nous disposons. Ainsi ont existé des êtres exceptionnels comme Mozart, Callas, Picasso, Tadeusz Kantor…etc : qui, dés le départ ont utilisé tout leur être pour s’exprimer et c’est néanmoins l’écoute de leurs contemporains qui a rendu leur expérience personnelle, publique et donc profitable au politique.


Happening panoramique sur la mer

L’aspect ludique, voire « spectaculaire » de l’expression artistique, qu’il s’agisse d’Arts Plastiques, de Théâtre ou de Musique, doit être mis en avant. Il est peut-être aussi nécessaire de rompre avec un art trop intellectualisé. L’art nous touche quand on se sent concerné par le ou les sujets, quand il nous confronte à notre psyché, l’art est subjectivité. Il faut donc renouveler les discussions de principe : c’est aussi dans les actes du quotidien que tout se « révolutionne ». Cependant, le chemin est difficile : il y a toujours des résistances, par exemple des parents refusent que l’on enseigne à leurs enfants grâce à des concepts pédagogiques « révolutionnaires », tout simplement différents de ceux qu’ils ont eu. D’autre part, l’Etat ne donne pas toujours les moyens de telles pédagogies. Il y a aussi le problème de l’universalisation de ces principes : peuvent-ils s’appliquer à une autre culture que la nôtre ? Il est vrai que chaque société a ses propres repères, mais le respect de la personne humaine est quand même universel. Donc, oui. Ces principes peuvent s’appliquer partout, sans pour autant rejeter le débat interculturel.

Une dernière question reste en suspend : l’art est-il politique ? Ne faut-il pas faire la différence entre un art « politisé » d’une part, créé exprès pour servir le pouvoir sous toutes ses formes, (cfr, par ex : l’art des pharaons ou plus récemment, l’art en ex Unions Soviétique, ou, d’une certaine manière celui qui sert le « marché de l’art »…) et un art politique, d’autre part, reflet de points de vues particuliers et dynamique moteur de recherche, de changements, de modernité…de développement d’idées neuves, sans cesse renouvelées pour chacun des acteurs de la société contemporaine…parfois, mis volontairement au service de certaines idéologies ? En fait, tout dépend de ce que l’on entend par « politique » : l’art de diriger les masses ou le simple fait d’adhérer à une philosophie, à un projet de société ? Dans ce dernier cas, tout est politique, y compris notre vie privée, car nous nous référons toujours à quelque chose. Ce qui est intéressant, c’est l’acte courageux et personnel, qui génère un mouvement de masse. Malheureusement, le dictat du marché de l’art ne permet pas toujours ce genre de chose. Nombreux sont les artistes qui rabotent volontairement leurs œuvres par peur de la censure (dans ce cadre, on peut aisément parler des idées aussi). L’enjeu d’une œuvre d’art ne doit-il pas être justement, une transformation du regard porté sur le monde autant que sur soi-même ?

L’équilibre est donc difficile à atteindre. Il sera atteint quand chacun sera devenu « expert » en art, c’est-à-dire qu’il sera entré en liaison avec sa propre sensibilité, au-delà de l’adhésion à tel ou tel mode de pensées. Ce n’est qu’alors, que l’on développera des référents nouveaux et originaux.

Photos du colloque


Extrait de l'e-canard des arts de janvier 2002